Pendant longtemps, la violence conjugale a été principalement associée aux agressions physiques. Pourtant, de nombreuses femmes vivent une autre forme de violence, souvent silencieuse, progressive et difficile à reconnaître : le contrôle coercitif.
Cette réalité a récemment été mise en lumière par une décision importante de la Cour suprême du Canada. En reconnaissant davantage les conséquences profondes du contrôle coercitif, la Cour rappelle que la violence ne laisse pas toujours des marques visibles, mais qu’elle peut néanmoins porter gravement atteinte à la dignité, à l’autonomie et au bien-être d’une personne.
Cette reconnaissance représente une avancée importante dans la compréhension des violences vécues par de nombreuses femmes.
Qu’est-ce que le contrôle coercitif ?
Le contrôle coercitif est une forme de violence qui repose sur un ensemble de comportements visant à dominer, surveiller, isoler ou contrôler une autre personne.
Contrairement à une dispute ou à un conflit ponctuel, le contrôle coercitif s’inscrit dans la durée. Il s’agit souvent d’un processus graduel où la personne exerçant le contrôle cherche à réduire l’autonomie de sa partenaire et à influencer ses choix, ses relations, ses déplacements ou son quotidien.
Cette violence peut prendre plusieurs formes :
– la surveillance constante des appels, messages ou réseaux sociaux ;
– le contrôle des finances ;
– l’isolement des proches et de la famille ;
– les critiques répétées et les humiliations ;
– les menaces directes ou indirectes ;
– la culpabilisation ;
– le contrôle des sorties ou des déplacements ;
– le dénigrement constant ;
– les comportements visant à faire douter la victime de sa propre perception de la réalité.
Souvent, ces comportements ne sont pas immédiatement reconnus comme de la violence. Ils peuvent être présentés comme des preuves d’amour, de protection ou d’inquiétude. C’est ce qui rend le contrôle coercitif particulièrement difficile à identifier.
Quand le contrôle remplace la liberté
Le contrôle coercitif ne se manifeste pas nécessairement par des épisodes spectaculaires. Il agit plutôt de manière progressive.
Avec le temps, la personne qui en est victime peut commencer à modifier ses comportements pour éviter les conflits, les reproches ou les réactions négatives de son partenaire. Elle peut progressivement renoncer à certaines activités, s’éloigner de ses proches ou perdre confiance en ses propres décisions.
Certaines femmes décrivent le sentiment de « marcher sur des œufs » en permanence, d’avoir peur de faire une erreur ou de ne plus être libres d’agir comme elles le souhaitent.
Ce climat constant de contrôle peut avoir des conséquences profondes sur la santé mentale et émotionnelle.
Les conséquences du contrôle coercitif
Même en l’absence de violence physique, les répercussions peuvent être importantes.
Le contrôle coercitif peut entraîner :
– une perte d’estime de soi ;
– de l’anxiété ;
– un état de vigilance constant ;
– un sentiment d’impuissance ;
– de l’isolement social ;
– une détresse psychologique ;
– une perte de confiance dans son jugement ;
– des difficultés à quitter la relation.
Certaines femmes finissent par croire qu’elles sont responsables de la situation ou qu’elles exagèrent ce qu’elles vivent. D’autres ont l’impression d’avoir perdu leur identité au fil du temps.
C’est précisément pour cette raison que le contrôle coercitif est aujourd’hui reconnu comme une forme sérieuse de violence.
Pourquoi la décision de la Cour suprême est importante
Dans sa récente décision, la Cour suprême du Canada souligne que les formes traditionnelles de recours ne permettent pas toujours de refléter l’ensemble des préjudices causés par le contrôle coercitif.
La Cour reconnaît notamment que cette forme de violence peut entraîner des atteintes à l’autonomie, à la liberté et à la dignité d’une personne.
Cette décision contribue à mieux nommer une réalité longtemps minimisée ou mal comprise. Elle envoie également un message important : la violence psychologique et le contrôle peuvent être tout aussi destructeurs que d’autres formes de violence.
Lorsque les institutions reconnaissent ces réalités, cela permet aux victimes de se sentir davantage entendues et légitimées dans leur vécu.
Comment reconnaître les signes ?
Il n’est pas toujours facile de distinguer une relation difficile d’une relation où s’installe un contrôle coercitif.
Voici quelques questions qui peuvent susciter une réflexion :
– Est-ce que je me sens libre de prendre mes propres décisions ?
– Est-ce que je crains régulièrement la réaction de mon partenaire ?
– Est-ce que je dois constamment me justifier ?
– Est-ce que je me suis éloignée de certaines personnes importantes dans ma vie ?
– Est-ce que je me sens surveillée ou contrôlée ?
– Est-ce que j’ai l’impression de perdre confiance en moi depuis le début de cette relation ?
Répondre oui à une ou plusieurs de ces questions ne signifie pas automatiquement qu’il y a contrôle coercitif. Toutefois, ces signes méritent parfois d’être explorés davantage dans un espace sécuritaire et sans jugement.
Briser le silence, sans tabou
À la Fondation Tera Ora, nous croyons que la sensibilisation est un outil puissant de prévention.
Nous rencontrons régulièrement des femmes qui ont vécu des situations de contrôle, d’isolement ou de manipulation sans nécessairement identifier ces expériences comme de la violence. Mettre des mots sur ce que l’on vit est souvent une première étape vers la reprise de son pouvoir, de sa confiance et de son autonomie.
Parler du contrôle coercitif, c’est contribuer à briser le silence entourant des réalités encore trop souvent invisibles.
Parce qu’une relation saine ne devrait jamais être fondée sur la peur, le contrôle ou l’humiliation.
Chaque femme mérite d’être respectée, écoutée et libre d’être elle-même.
—
Si cet article soulève des questions ou fait écho à votre vécu, sachez que vous n’êtes pas seule. Des ressources et des espaces d’écoute existent. Demander de l’aide est un signe de courage, jamais de faiblesse.