Chaque année, la date du 8 mars est considérée comme étant la Journée internationale des droits des femmes.
Une journée importante, résultat de décennies de luttes féministes partout dans le monde.
Dès le milieu du XIXe siècle, le mouvement des suffragistes, puis les suffragettes au XXe siècle, ont permis à de nombreuses femmes d’obtenir le droit de vote. À cette époque, l’égalité sociale entre les hommes et les femmes en termes de salaires, d’éducation ou encore le droit de disposer de son propre corps étaient des thématiques importantes. Pourtant, depuis les débuts du féminisme, une partie des femmes a été mise à l’écart de ces luttes et a été presque invisibilisée.
Les années 1970 : la genèse de l’afroféminisme
Le féminisme traditionnel mettait surtout en avant les femmes blanches, sans prendre en considération les femmes d’autres communautés. L’afroféminisme est alors né en réponse à ce manquement dans les mouvements féministes classiques.
Ce courant du féminisme a été créé dans les années 1970, avec la volonté de montrer la réalité des femmes noires spécifiquement, à travers une expérience différente de celles des femmes blanches et des hommes noirs.
Aux États-Unis, il est le fruit de luttes féministes noires avec des figures marquantes telles qu’Angela Davis, bell hooks et Audre Lorde. À l’époque, ces personnalités ont voulu revendiquer les droits des femmes noires et promouvoir des actions différentes de celles des féministes blanches en dénonçant la « charge raciale » liée à l’inégalité entre ces différents groupes. L’objectif de ce mouvement était de rendre les femmes noires plus visibles et de leur donner la parole sur la place publique. Leurs analyses de la société nord-américaine et de ses formes de racisme, de sexisme et d’homophobie ont ouvert la voie à de nombreux écrits militants et à la mise en place d’actions afro-féministes partout dans le monde.
Les analyses des féministes noires ont préparé le terrain pour le concept sociologique d’intersectionnalité.
Intersectionnalité : un combat pour plus d’égalités par rapport aux hommes, mais aussi aux femmes
Le concept d’intersectionnalité est né en 1989 de la plume de la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw. L’intersectionnalité décrit différentes formes d’oppression en même temps telles que la race, le genre, l’orientation sexuelle, la religion ou encore la classe sociale. En effet, à cette époque, les lois contre le racisme concernaient surtout les hommes noirs et le sexisme considérait surtout les femmes blanches. La femme noire était donc invisible.
Aujourd’hui, l’intersectionnalité est un concept largement utilisé dans la littérature féministe, mais également dans les études sociales, les politiques publiques et les mouvements de droits humains. Il permet non seulement de rendre visibles les personnes marginalisées, mais également de créer des politiques et des réflexions plus inclusives.
L’afroféminisme d’aujourd’hui
Qu’en est-il de l’afroféminisme aujourd’hui ?
De nos jours, les femmes noires parlent des mêmes enjeux qu’à l’époque : représentation dans le monde des médias et de la politique, égalité au travail et dans l’éducation, valorisation des cultures et des identités noires et surtout lutte contre les stéréotypes entourant les femmes noires. Selon les régions du monde, certains sujets sont prépondérants.
En Afrique, les féministes africaines s’intéressent particulièrement à la lutte contre le patriarcat, aux enjeux du néocolonialisme et aux inégalités socio-économiques. L’afroféminisme dans cette région se distingue du féminisme occidental en intégrant l’histoire et les cultures locales. Des autrices telles que Awa Thiam, Chimamanda Ngozi Adichie, Djaïli Amadou et Jennifer Nansubuga Makumbi explorent ces thématiques dans le contexte africain.
En Amérique latine, il se distingue par la critique de l’invisibilisation historique, la défense des droits socio-économiques et l’enjeu de la représentation politique. Les Afro-Latines luttent contre une triple oppression de classe, de genre et de race en dénonçant le racisme structurel de leurs sociétés. Des figures importantes comme Lélia Gonzalez (Brésil), Ochy Curiel (République dominicaine) et Mara Viveros Vigoya (Colombie) mettent en avant ces thématiques à travers leurs ouvrages.
Dans les Caraïbes, ces luttes prennent surtout la forme de mouvements militants intersectionnels, dans lesquels les questions du racisme, du colorisme et du colonialisme sont mises en avant afin de déconstruire le concept de « misogynoir » (forme spécifique de sexisme raciste visant les femmes noires) datant du système plantationnaire. Maryse Condé (Guadeloupe), Gerty Dambury (Guadeloupe) et Monique Roffey (Trinité-et-Tobago) ne sont que quelques exemples d’écrivaines caribéennes parlant des conditions des femmes de cette région à la lumière du contexte colonial et postcolonial.
En Europe, l’afroféminisme se concentre sur les réalités postcoloniales également à travers des sujets tels que le colorisme, la négrophobie et l’immigration. La réalisatrice française Amandine Gay, l’autrice Laura Nsafou et la poétesse allemande May Ayim sont également des figures afro-féministes importantes qui traitent de ces sujets dans leurs œuvres littéraires et cinématographiques.
En Asie, bien que les femmes noires soient moins représentées dans cette région du monde, il existe tout de même des communautés afro-descendantes dans plusieurs pays comme la Chine, le Japon ou encore la Corée du Sud. Historiquement, les populations afro-asiatiques dans ces pays ont été marginalisées en raison des conflits sociaux et de la discrimination. L’inclusion des femmes afro-descendantes et afro-asiatiques dans les mouvements féministes locaux reste complexe en raison de la xénophobie, de la fétichisation raciale et de la faible structuration politique de ces diasporas sur le continent asiatique. À nouveau, l’approche intersectionnelle devient un outil de réflexion important dans un contexte où les femmes ont peu de visibilité et sont victimes de plusieurs formes de discriminations. Dans ces territoires, l’afroféminisme est moins institutionnalisé et passe davantage par les médias sociaux et Internet.
Aujourd’hui encore, l’afroféminisme permet de dénoncer les réalités vécues par les femmes noires et nous amène à réfléchir sur l’état de nos sociétés en mettant en lumière les inégalités dont elles sont victimes. Le mouvement s’est développé à travers le monde, avec des enjeux similaires qui prennent des formes différentes selon les contextes socio-politiques locaux.
La Journée internationale des droits des femmes est le résultat de plusieurs décennies de luttes féministes contre les systèmes patriarcaux. Elle concerne toutes les femmes en intégrant la diversité de leur identité, de leurs âges, de leurs origines et de leurs classes sociales.
Ainsi, l’existence de mouvements féministes spécifiques n’oppose pas l’unité du féminisme : elle la renforce en permettant une meilleure représentation de toutes.
Comme nous l’avons vu récemment lors du Super Bowl :
« The only thing that is more powerful than hate is love. »